A propos du portfolio “Existence” : la rencontre

FR

Comment êtes-vous venus à la photographie animalière au Japon ?
Depuis plusieurs années, j’avais décidé d’aller à la rencontre du macaque japonais étudié avec grand intérêt par le monde scientifique international. D’après mes renseignements, il vivait en groupe structuré. Ses postures et expressions pouvaient apparemment se confondre avec celles de l’homme.
Dans la préfecture de Nagano, la veille d’un typhon, après une marche de quelques kilomètres, je découvris un territoire, loin de toute agitation humaine, habité par une autre société que la nôtre, celle du macaque japonais.
Je fus captivé dès le premier instant. En toute discrétion, je me suis mis à enregistrer cette proximité privilégiée. J’ai fixé l’activité de cet être, sa présence, ses mouvements, son sommeil. Mon appareil photographique m’a naturellement protégé de tout échange de regard.
C’est à mon retour que je découvris les prises de vue. Une nouvelle excursion débuta, ponctuée de pauses contemplatives et méditatives. Je me suis rendu compte que j’avais été naturellement attiré les mouvements, regards et attitudes proches de celles de l’homme. Les scènes montraient des actions en suspens. Je perçu alors une forme de la nature qui résonne au loin, en nous.
La photographie permet souvent de développer une perception de plus grande acuité que celle de la réalité de l’instant. Elle ouvre les portes de l’analyse contemplative.
Pourquoi avez-vous choisi le noir et blanc ?
J’ai beaucoup travaillé le noir et blanc, pendant de nombreuses années.
Le choix de la représentation du macaque japonais en noir et blanc est un choix esthétique transcendant les représentations animalières conventionnelles généralement produites en couleur. Dépouillée de couleur, l’image, propose une lecture sculpturale et intemporelle.
Ici, ce que mon oeil voit et mon doigt sélectionne, est un animal. Imprimée, la figure du singe devient une figure anthropomorphique. Il ne s’agit ni d’une vue scientifique ni d’une illustration animalière.
La photographie est une expression émotionnelle. Il s’agit, pour moi, de rendre compte de l’expérience sur un plan poétique.
Ma pratique traduit un seul et même niveau de considération et de respect, quelque soit le sujet de l’image.
Propos recueillis par Pascale Sinnaeve

EN

Some years ago I decided that I would one day visit and meet the Japanese macaque known for its love of natural spas. 

To my knowledge, it led a comfortable life, and appeared to have facial and body postures similar to those of humans.
 
On the eve of a typhoon, after crossing a forest in Nagano Prefecture, I found a world protected, away from human turmoil, inhabited by another highly structured society, that of the Japanese macaque .
 
I was a captivated observer, drawn by their animation. Discreetly, I began recording in this privileged proximity, my camera shielding us from direct eye contact. I fixed the activity of their being, their presence, their movements, their sleep, the encounter. 
 
On returning home I discovered the images and embarked on a new journey, punctuated by contemplative and meditative breaks. Each image reveals itself as a meditative contemplation of an action, suspended. In each image I perceive a form of nature that distantly echoes in us.
 
Photography allows us to perceive with greater acuity than the reality of the moment. It makes for contemplative analysis.
 
Representing Japanese macaques in black and white is an aesthetic choice transcending conventional animal representations often produced in colour.  I step away from documentary’s genre with the purpose to transcend it.
 
The colourless images offer a sculptural and timeless reading.
words collected by Pascale Sinnaeve – octobre 2015

A propos du portfolio “Coexistence” : l’imaginaire du reflet

FR

Représentation décalée du monde dans l’espace et le temps, la photographie est un miroir au reflet immobile épinglant des indices destinés à nourrir notre imaginaire. Elle mène à une lecture transposée de la réalité.

La photographie telle que je la pratique questionne les formes et leurs sens. Explorateur, je cherche à éclairer des points, cachés au premier regard, tentant de présenter l’essence des choses ou d’ouvrir les portes à une nouvelle interprétation de notre environnement.  La lecture de l’image étant double, son aspect formel offre également aux yeux détachés du matériel, une lecture purement abstraite et sensible.

La série « co-existence » présente deux mondes qui s’enchevêtrent ou s’ignorent tout en coexistant. L’homme y est présenté en fusion avec l’architecture des villes modernes. La nature quant à elle porte des traces d’intervention humaine. Comme dans un jeu, l’imagination ouvre des passages d’un monde à l’autre parfois au travers de reflets mais toujours via des rapprochements d’images. La relation que les images entretiennent avec leurs référents devient énigmatique. Elles forment des ensembles à démailler. Chaque observateur puise dans son univers culturel et émotionnel pour s’approprier l’image.

Les prises de vue sont analogiques et non truquées. Le doute est néanmoins permis car le graphisme de certaines photos évoque la simulation informatique. Les images ne sont pas mises en scène. Comme si elles existaient déjà à l’état latent dans mon imaginaire. Elles sont saisies sur le vif. Ma tâche consistant à les matérialiser.

Ces fragments d’une réalité complexe, sont par la suite mixés pour alimenter l’idée d’un monde qui est peut-être autre que celui perçu au premier degré.


Jean Lambert juin 2015

Reflection’s imaginary

EN

In a world of shifting representations in space and time, photography is a mirror, a still reflection, underpinning clues for our imagining. It leads to a transposed reading of reality. The observer draws from its cultural and emotional background in making the picture his or hers.

Photography as I practice it attempts to question shapes and their meaning.
As an explorer, I seek to illuminate areas that are hidden at first glance. My wish is to present the essence of things or to open doors to a new interpretation of our environment. In reading the images simultaneously with detached eyes, shapes also provide a purely abstract and sensitive reading.

The series "co-existence" shows two intertwined worlds interacting or ignoring each other but still coexisting. The human being is captured in fusion with the architecture of modern cities. Nature bears traces of human intervention. As in a game, there are paths leading from one world to the other, some through reflections but always through the photographic mirror and the comparative image. The relationship that the photos have with their referents becomes enigmatic. They form sets to unravel.

The photos are taken live in the field, unstaged. They are analog and none faked. They represent moments that I saw and lived. It is as if they existed in a latent state in my imagination. I seize what my eyes see and materialise it on
paper.

In some situations, the graphic casts doubt of a computer simulation. The pictures transport the observer to another reality, feeding the idea of a world that may be different from the one we see.
Jean Lambert June 2015